L’enfer de la Tanami et Wolfe Creek Crater

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Nous sommes de retour en ville à Alice Springs après avoir découvert le Centre Rouge. On va racheter des chaussures de marches pour Nico puisque les siennes ont été emportées par un dingo quelques jours plus tôt à Uluru et surtout des provisions de nourriture et de carburant pour notre très longue traversée du désert. En effet, nous allons rejoindre le Western Australia via la Tanami Road. Cette route est un gros raccourci de plus de 500km reliant Alice Springs à Halls Creek, une petite ville dans le Kimberley (nord ouest de l’Australie). La route mesure pas moins de 1000km et traverse le désert du même nom. C’est très très isolé car il n’y a pas une seule ville ou village du long hormis quelques communautés aborigènes extrêmement isolées et pour lesquelles il faut un permis. Par conséquent, il faut être autonome et autosuffisant pour cette traversée.

camelNous quittons Alice Springs dans l’après-midi. On s’arrête 200km plus loin à Tilmouth Well, la seule road house de la route, même si on ne prend que 5 litres de carburant. On ne prend pas de risque. Inutile de préciser que le prix du carburant est une fois de plus mirobolant. À partir de maintenant, le bitume fait place à la terre, aux cailloux et surtout aux corrugations. Rouler sur les corrugations, c’est comme rouler sur de la tôle ondulée, on est secoué dans tous les sens mettant les amortisseurs et les suspensions de la voiture à rude épreuve.

Sur ce tronçon les corrugations sont épouvantables. On avance à peine et on commence à s’inquiéter. Aurons-nous assez d’essence pour arriver au bout à cette allure-là ? Heureusement, à notre agréable surprise, on alterne corrugations et bitume sur les 150 prochains kilomètres. Des voitures et des road trains empruntent aussi cette route. On en croise pas moins d’une trentaine. Plutôt surprenant ! Ça nous rassure quelque peu. Si on a un souci on ne sera pas tout seul. En revanche, nous serons les seuls sur notre aire de repos pour passer la nuit. Le soleil à peine levé nous ne perdons pas de temps pour reprendre la route. Quand soudain, arrête-toi !!!!! hein? Quoi ? Deux dromadaires se baladent tranquillement le long de la route. Enfin des camélidés sauvages !

Une dizaine de kilomètres plus loin se trouve Yuendumu, une petite ville essentiellement composée d’Aborigènes. Il est 7h45 quand nous arrivons à la station essence du coin qui semble délabrée et surtout fermée. Une voisine nous prévient que nous sommes beaucoup trop tôt. Pourtant un panneau à l’entrée de la ville indique « ouvert tous les jours à partir de 8h ». On attend. Pour tuer le temps on déjeune mais le temps passe très lentement. On finit par faire un tour en voiture. La ville est plus grande qu’on se l’imaginait mais semble complètement à l’abandon. Les voitures des locaux roulent mais sont rafistolées de partout : pas de pare-brise à l’avant ou à l’arrière ou de fenêtre sur le côté, juste un plastique à la place. Les maisons sont en tôle colorée. yendunuÇa ressemble presque à un bidonville. On se croirait dans le tiers-monde et pourtant nous sommes bel et bien en Australie, pays riche, moderne et développé. Un type nous demande si on est perdu comme il voit qu’on tourne en rond. On retourne attendre devant la pompe à essence. Un autre type sort de derrière la station mais il ne peut rien faire pour nous car le patron n’est pas là. Comme on attend dans la voiture, on observe ce qui se passe autour de nous. Une camionnette de l’église servant probablement de bus tourne sans arrêt autour de la ville selon le même itinéraire depuis des heures. Ça nous fait bien rire. Puis, un spectacle très étrange se déroule. Trois voitures se garent en double file dans la rue déserte. Une femme sort de l’une d’elles, va vers une autre en tenant un bébé qu’elle donne à une autre voiture et là elle reçoit une liasse de billets. Euh c’est du trafic de bébé ? A 10h, le patron de la station service arrive enfin. C’est un géologue hollandais passionné de linguistique. Ça me rappelle quelqu’un ça… On papote surtout cailloux et fossicking et on finit par se montrer nos collections de pierres et minéraux.

Nous ne verrons plus de bitume avant Halls Creek, le terminus. La route devient très très large et certains passages sont même bons et bien roulants. Il y a même un dromadaire couché au milieu du désert. Tranquille quoi ! On s’arrête sur une aire de repos pour la pause midi. Et là surprise, un bus de touristes du troisième âge squattent les tables de pic-nic. Qu’est-ce qu’ils viennent faire ici ? Ya vraiment rien à voir et la route tellement longue et monotone, autant prendre l’avion ! On croise une dizaine de voitures, road trains et des convois miniers car il y a des mines le long de cette route. Nous passons la nuit à la frontière entre le Nothern Territory et le Western Australia.

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Il y a une quarantaine pour entrer dans la partie Ouest du pays. On ne peut pas y introduire des fruits et légumes, des noix et même du miel entre autres au risque d’une amende très élevée. Mais ici au milieu de nul part, aucun contrôle, juste un panneau illisible à cause de tags. Il ne nous reste qu’un peu plus de 300km pour arriver en ville. On remplit le réservoir d’essence avec les jerrycans sur le toit.

On se lève au petit matin. On a fait une dizaine kilomètres qu’une plaque métallique sous la voiture se détache et traînent en dessous. Il nous faut donc la dévisser. Heureusement on a des boîtes à outils pleines et bien sûr la seule clé dont on a besoin est manquante. Impossible de continuer tant qu’on ne l’a pas enlevée au risque d’endommager la voiture. On est coincé. Il est 7h et peu de chance de croiser une autre voiture avant midi. Au loin, on aperçoit un grand nuage de fumée se rapprocher. Un road train approche. Ouf ! En plus il a la bonne clé ! On peut repartir. Maintenant, la route est soit très bonne soit très mauvaise, soit on avance soit on fait du surplace.

wolfescreek130 km avant Halls Creek, nous arrivons à un embranchement pour Wolfe Creek, un cratère de météorite tombée il y a plus de 300.000 ans. Le cratère mesure 875m de diamètre et 60m de profondeur. Mais avant cela, il faut encore rouler 20 km pour l’atteindre. Les corrugations sont épouvantables. On est secoué dans tous les sens et on avance pas (moins de 20km/h). Bref, l’enfer de la route, un vrai cauchemar. Le cratère est très impressionnant avec des cercles concentriques à l’intérieur et une flore différente selon le cercle. On peut même descendre balader dedans.

Les cinquantes derniers kilomètres pour Halls Creek sont horribles. La route est très mauvaise, rocailleuse, vallonnée et sinueuse. Heureusement, on approche de la fin. En revanche, il y a beaucoup de trafic. On a jamais vu autant de voitures sur cette route. Apparemment, aucune ne s’aventure plus loin que Wolfe Creek. Quelle idée de faire autant de kilomètres sur une route aussi mauvaise rien que pour ça. Faut vraiment être motivé ! À la fin de la route, il y a une poubelle où jeter ses fruits et légumes à cause de la quarantaine mais personne pour vérifier… et puis du bitume. Comme ça fait du bien de glisser sur la route. Nous sommes enfin de retour à la civilisation après deux jours et demi de traversée du désert. Aucun doute, c’était pas la meilleure idée qu’on ait eue. Il aurait mieux vallu faire tout le tour comme tout le monde via la Stuart Highway. On n’a jamais eu besoin de mode 4×4 et la route ne présente aucune véritable difficulté. Il faut juste un mental d’acier pour supporter les corrugations qui nous ont pas mal traumatisés.

     

     

    7 Réponses

    1. Une petite carte pour voir le trajet ?

    2. […] 30l sur le toit, pour avoir 110l avec le plein et pouvoir faire presque 1000km. Pour parcourir la Tanami, on avait un 50l sur le […]

    3. […] 30l sur le toit, pour avoir 110l avec le plein et pouvoir faire presque 1000km. Pour parcourir la Tanami, on avait un 50l sur le […]

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    5. ben oui, c’était une super idée, au moins vous aurez vu le cratère de météorites !
      Heu, c’est quoi une corrugation

      • Oui le cratère était vraiment impressionnant, et les corrugations, c’est un phénomène sur les routes de terre ou le sable (terre) forme des petits tas comme de la tôle ondulés. C’est en général a cause de la vitesse des voitures que la poussière forme ces étranges formes.

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